Parcours
Récit de J-M Kahn
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Date:

1er Novembre 1998

Email:

jmkahn@club-internet-fr



"Penser à mon 'parcours' me fait penser à Amaroo Journey's End, le nom que M a donné à son terrain de conférence en Australie, près de Brisbane, et au sentiment que j'y ai trouvé. C'est le genre de sentiment qui me prenait lorsque je me retrouvais dans ce genre d'endroit, sur le terrain en Inde, près de Delhi - Shri Santyogashram, ou à Amaroo, ou lors d'une conférence en sa présence : être à la fin du voyage, enfin chez moi, ma vie pouvait s'arrêter là, je ne voulais rien de plus. Tel est le sentiment que j'ai tant de fois vécu. Me retrouver à l'endroit que je souhaitais vraiment atteindre, au plus profond de moi et dans ce monde, et me sentir si élevé et tellement rempli d'amour.

J'ai longtemps cru que c'était la meilleure chose que je pourrais jamais ressentir de ma vie, sans le moindre doute. Et peut-être en est-il encore ainsi, car c'est sans doute le sentiment le plus intense que j'ai jamais connu, et sans aucun artifice. Et pendant 25 ans je n'aurais jamais pu imaginer que je pourrais remettre en question ce sentiment qui me semblait si vrai ! Comment remettre en question ce que je ressens comme authentique au plus profond de moi-même ? Avais-je vraiment réfléchi à ce qui fait que je considère un sentiment comme étant vrai ? Non, c'était impossible, j'étais absolument convaincu de connaître la Vérité - avec un grand V. Je savais ce qu'était la Vérité, j'en avais fait l'expérience, et j'en étais tellement convaincu, parce que la personne que j'aimais le plus, la personne que j'admirais le plus l'avait dit tellement de fois. Je l'avais également affirmé tant de fois, je le 'sentais' tellement. Que pouvez-vous objecter à quelqu'un qui a le sentiment que ce qu'il ressent/dit/pense est vrai, surtout si c'est vous-même ? Rien.

Vous êtes-vous jamais demandé quelle est cette chose que vous ressentez comme étant vraie ? Qu'elle est sa réalité ? Avez-vous déjà entendu de parler de personnes qui hallucinent, des phénomènes de groupe, et de tout ce qui s'y rapporte ? Etes-vous absolument sûr de ne pas être dans ce cas de figure ? Osez-vous vous poser la question ? Pourquoi ne pas le faire sincèrement ? Ce qui est vraiment vrai ne saurait en pâtir, non ?

Pas le moindre doute, vous ressentez quelque chose en vous. C'est un sentiment fantastique, pas besoin d'y rajouter des adjectifs, enfin rajoutez en autant que vous voulez si ca vous chante. Mais pourquoi appeler ca 'La Vérité' ? Pourquoi ne dites-vous pas tout simplement que c'est un sentiment fantastique ? Les noms que vous lui mettez n'y changent rien. Mais ca change beaucoup de chose dans votre esprit, dans votre tête. Vous permettez-vous de remettre en question ce fantastique sentiment de bonheur suprême (bliss) ? Pourrait-il être d'une autre nature ?

Votre 'mental' (mind), votre faculté de penser, est quelque chose de très important. Nous sommes conçus pour fonctionner en utilisant notre esprit, nos pensées. Nous ne sommes pas des zombies, des ectoplasmes, ou des âmes réalisées (ca existe ?) égarées dans ce monde par quelque grâce (ou quelque erreur) 'divine'. Peut-être qu'en Inde ou ailleurs, il y a des personnes d'une culture différente et qui ont leur propre théorie sur la question. Je ne suis pas sûr qu'ils aient raison. Je suppose qu'ils ont aussi un esprit et la faculté de penser, et qu'ils en ont également besoin. Ils sont aussi des Homo Sapiens Sapiens. Peut-être qu'ils ne l'utilisent pas suffisamment (en tout cas certains d'entre-eux), pour leurs propres raisons - il y a sans doute diverses théories sur la question, et peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles leur pays est dans un tel état.

Peut-être aussi que beaucoup de gens, et dans beaucoup d'endroits, n'utilisent pas suffisamment leurs facultés intellectuelles - un cadeau merveilleux qui nous a été donné, et que beaucoup des problèmes de ce monde en résultent. Peut-être que c'est vrai, peut-être pas, peut-être partiellement. Si la faculté de penser (le mental) n'était pas nécessaire, pourquoi est-il encore présent ? Il aurait sans doute disparu au cours de l'évolution. Il aurait dû au moins rétrécir à un strict minimum, comme nos petits orteils qui ne nous sont plus très utiles.

Peut-être pensez-vous que se débarrasser du 'mental' est le défi divin ultime, et que c'est possible par la 'grâce' et avec l'aide du 'Maître', afin de pouvoir expérimenter l'ultime. Je ne crois pas à ce roman. Connaissez-vous des âmes réalisées parmi les disciples de M ? J'en ai fréquenté pendant près de 25 ans, et je n'ai rencontré personne de tel. Peut-être y croyez-vous, et c'est votre droit le plus strict. Mais ca n'est qu'une croyance. Vous avez le droit de vous raconter des histoires, d'y croire, et de penser que c'est un choix conscient. Je vous pose la question : pouvez-vous faire vraiment un choix conscient sans être libre de vos motivations inconscientes ? A moins que vous ne croyez pas (ou que vous ne vouliez pas croire) à l'existence de la partie inconsciente de votre esprit - ce qui est une des découvertes les plus grandes et les plus incontestées de ce siècle dans le domaine de la psychologie. Peut-être pensez-vous que cette théorie ne s'applique qu'aux gens qui sont 'dans leur tête' ? Vous n'en faites pas partie ? Nous y sommes tous, vous, moi, et le reste de l'humanité.

Peut-être voulez-vous simplement vous débarrasser de ce mental gênant. On vous a dit que ca n'est pas possible, même M l'a dit, mais vous voudriez pourtant vivre sans lui. Pourquoi ? Parce que vous avez vécu ces moments d'extase (bliss), sans 'mental' et sans pensées, et vous voudriez tant les revivre encore et encore. Y êtes-vous accroché ? Comme ce que vous appelez 'le mental' ne vous ennuyait pas dans ces moments-là, vous en concluez qu'en vous débarrassant du mental et des pensées vous serez automatiquement dans un bonheur constant. C'est un rêve irréaliste. Cela ne m'est jamais arrivé en 25 ans de pratique, malgré bien des expériences profondes, et des heures de méditation quotidienne. Je ne connais pas de premies qui connaissent cela. Et vous le savez très bien, mais vous ne voulez pas affronter cette contradiction ultime. Cela voudrait-il dire que M vous a promis quelque chose qui n'existe pas ? Et que vous croyez y arriver alors que c'est impossible ?

Pourquoi ? Parce que c'est un beau rêve, et que nous aimons tous les beaux rêves. Nous n'aimons pas les cauchemars. Mais la vie n'est pas un cauchemar, même s'il y a pour chacun des moments difficiles. Avec ou sans la 'Connaissance', premie ou pas premie (bon ou mauvais). M n'a de cesse de diaboliser la vie sans la Connaissance, ce monde et ses problèmes, et de dire que LUI il a la solution. Quelle preuve à ca, à part ces moments d'extase qui ne constituent pas une vie ? Vous étiez peut-être à un moment difficile de votre vie, comme moi, lorsque vous vous êtes intéressé à la Connaissance. J'avais beaucoup de questions à cette époque. Et je cherchais des réponses, comme beaucoup le font à un moment ou à un autre de leur vie. Et je me souviens très bien du genre de sentiment que j'avais en 1972 lorsque je suis venu à M et à la 'Connaissance'.

Je découvrais, et re-découvrais, un merveilleux sentiment en moi, je rencontrais plein de gens merveilleux (qui faisaient la même recherche), j'avais des moments de bonheur incroyables pendant les satsangs, à l'ashram, pendant les 'programmes', et M pour couronner le tout. J'ai tout naturellement associé M à mes sentiments, alors que ces 'expériences' sont d'une nature bien connue, et n'ont rien à voir avec la 'Connaissance' ultime et le 'darshan' du 'Seigneur de l'Univers'. Il y a toute sorte d'ouvrages sur le sujet, des explications très sensées à ces phénomènes. Beaucoup de personnes en font l'expérience sans M (voir la page de
liens, sur ce site). Et je me suis laissé entraîner dans ce phénomène de groupe. Ca semble tellement naturel de participer activement à quelque chose en quoi on croit tellement, et qui semble tellement gratifiant.

Je ne rentrerai pas ici dans le détail de toute mon implication avec M et sa 'Connaissance'. Pour résumer: satsang et méditation tous les jours, du service autant que possible, jamais raté une occasion de voir M et de parcourir le monde pour cela, j'ai été en Inde des dizaines de fois, 6 années d'ashram, beaucoup de service et d'implication dans les activités quotidiennes de propagation, service à plein temps au bureau national de la 'Mission de la Lumière Divine' pendant des années (1974-1980), la chance (ou la malchance) de passer un temps fou avec les mahatmas et les initiateurs pour les accompagner et les traduire, participé à la préparation d'innombrables programmes, instructeur ('à temps partiel', 1987-1992) pendant quelques années, beaucoup de service et de responsabilités pendant des années au sein de Elan Vital, membre du conseil d'administration de EV (1994-1997), etc etc etc.

Si je réfléchis à ce qu'était ma vie en 1972, au moment où j'ai 'reçu la C', je dois bien admettre que j'avais laissé de côté tout mon bon sens. Exactement comme lorsqu'on tombe amoureux, ou qu'on est très enthousiaste à propos d'une nouveauté. Pourquoi ai-je renoncé à mon bon sens pour tomber là-dedans ? Voilà ce qu'il m'a fallu comprendre, et mon psychanalyste m'y a été bien utile. Et ca n'a pas été facile, parce que je ressentais tellement de frustration, j'étais tellement accroché à ce sentiment de bonheur extrême ... Mais c'est une autre histoire.

Le processus de re-découverte de la réalité n'est pas facile, et j'ai quelques amis qui font la même démarche. Ca n'est pas facile. Surtout parce qu'il faut retourner à ses anciens problèmes irrésolus, ceux qui vous avaient menés à la C au départ. Et si vous remplacez la C par une autre sorte de 'méditation', je crains bien que vous ne fassiez que repousser ailleurs votre véritable problème, et que vous renonciez à ce que vous pourriez sans doute faire maintenant.

Je pense maintenant être entré dans toute cette histoire pour éviter d'affronter certaines difficultés, et avoir échappé ainsi à certains problèmes et questions irrésolues qui me perturbaient profondément. Chacun a ce genre de problème et de question à un moment ou l'autre de sa vie. C'est normal. Mais la réponse que j'ai cru avoir trouvé avec M n'en était pas une. Juste une façon de bien camoufler mes propres difficultés. Et il m'a fallu affronter tout ca, et en guérir, pour de bon, et pas par une pseudo-thérapie superficielle. Parce que les pseudo-thérapies, comme la méditation, vous anesthésient, vous et votre bon sens, et ne vous permettent plus de vraiment résoudre vos problèmes et d'affronter vos difficultés. Tout comme l'alcool ou les drogues.

Et c'est bon d'affronter ses difficultés et d'essayer de les résoudre. On se sent exister en tant qu'individu, comme un véritable être humain responsable, non comme un disciple dépendant d'un gourou douteux (même s'il semble très bon et très sincère - les meilleurs escrocs semblent justement très bons et très sincères), et non comme une personne dépendante d'un phénomène de groupe qui constitue un excellent/très mauvais mur isolant entre vous et ce monde et tout ce que vous avez du mal à affronter. Si vous ne vous sentez pas très fort pour affronter ce que vous devez affronter, rappelez-vous que vous n'êtes pas le premier dans ce cas. D'autres ont réussi, et vous le pouvez aussi.

Des centaines de milliers de personnes ont reçu la C dans le monde, plus de 10.000 en France depuis les débuts en 1971 d'après des estimations faites au sein d'EV - j'y ai participé. Qu'en reste-t-il ? 10%, peut-être plus, probablement moins. Qu'est-il advenu des autres ? Ils ne sont pas en enfer ! Eux aussi ont compris quelque chose, et ils ont repris leur vie en main. Il n'y a rien de mal à ca. Une des grandeurs de l'homme, c'est qu'il peut faire des erreurs, s'en apercevoir, et les corriger. Même si ca laisse inévitablement des cicatrices. Il vaut mieux faire ca, même si c'est difficile, plutôt que de persévérer dans l'erreur et la dépendance avec tout les risques que cela comporte.

Peut-être que ca sera facile pour vous de reprendre vos esprits. Ca ne l'a pas vraiment été pour moi. Il semblerait que la difficulté soit proportionnelle au degré d'implication passé. Peut-être aurez-vous besoin d'aide. Mais n'oubliez pas que c'est aussi ce que vous acceptez (soi-disant) d'un gourou ! Pensez-vous sincèrement que la pratique de la C ait été une chose facile pour vous ? Vous souvenez-vous de tous les sacrifices que vous avez dû faire ? Même avec la C vous avez eu des difficultés ! Non ?

M affirme qu'il est là pour aider ! Aider qui à faire quoi ? A vous d'en juger. Si vous avez besoin d'aide, cherchez de l'aide, parlez-en à des personnes que vous connaissez bien et en qui vous avez confiance, réfléchissez, et essayez. Reprenez confiance en vous. Soyez critique. Pourquoi ne pas essayer de découvrir ce que vous ne connaissez pas ? Pourquoi ne pas essayer de résoudre ce qui peut être résolu ? Pourquoi ne pas essayer de soigner ce qui peut l'être ? Pourquoi ne pas essayer de ne plus dépendre de ce dont vous n'avez nul besoin de dépendre ? Et être un être humain libre.

Voici une liste de choses qui m'ont beaucoup aidées depuis que j'ai décidé de rompre avec mon gourou :

D'abord et avant tout : penser, réfléchir et se poser des questions est une bonne chose.
Le mental n'est pas le diable.
La culpabilité c'est la culpabilité.
Parler de mes problèmes avec mes amis.
Un bon psychanalyste.
Quelques séances de rebirth.
Lire des bons livres.
Exprimer mes frustrations.
Discuter avec des premies qui n'ont pas été aussi impliqués que moi.
Essayer de garder mes amis premies, même si je n'approuve pas leur implication.
Etre cool avec moi-même (et avec les autres).
Comprendre qu'il n'y a rien dont je dois me sentir coupable.
Remettre en question M lui-même et tout ce qu'il fait.
Remettre en question les personnes que je connais et qui l'entourent.
Assister de temps en temps à des projections de vidéos, et être critique.
Assister à des programmes de M, s'il vient, et être critique.
Garder mes sentiments (sur M et la C) pour moi-même, et y réfléchir.
Sortir, aller au cinéma voir de bons films, renouer avec d'anciens amis, me ré-intéresser à certaines choses qui m'intéressaient 'avant'.
M'investir davantage dans mon travail.
Prendre des vacances.

Après avoir laissé tomber la 'Connaissance', il m'a fallu à peu près un an avant d'être suffisamment clair pour écrire ce qui précède.


Plus concrètement, j'ai répondu en 2001 à une série de questions qui m'ont été posées par Gilles Alfonsi du magazine Combat. Vous y trouverez un résumé de mon parcours avec Maharaji et sa 'connaissance', et un exposé des raisons qui m'ont poussé à quitter cet environnement malsain. Je ne peux pas résumer 24 ans de ma vie par écrit, ni tous les sentiments qui m'ont animé pendant et après mon implication dans cette histoire. J'en ai gardé quelque amertume - c'est certain - et une pensée attristée pour les personnes que je connais bien et qui sont encore prisonnières du système Maharaji-Elan Vital. Mais quel soulagement de m'en être sorti ! On croit être libre avec la "connaissance", alors qu'on est emprisonné, et sous l'emprise d'une drogue euphorisante. Le "monde de Maharaji" est bien étriqué, il y a mieux à faire de sa vie, et il y a bien des satisfactions à trouver "dans ce monde" - sans les conseils d'un gourou qui ne connait rien de ce qu'il prétend enseigner.

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